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Le Hapgido, rejeton du Muye et du Budô

Le 11/10/2011

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En voyant ces deux photographies de SONG Deok-Gi et de TAKEDA Sokaku côte à côte, je ressens de manière éclatante ce qui fait la richesse du Hapgido : sa double nature, sa "bâtardise", son essence entre Corée et Japon. C'est comme voir côte à côte la photo de sa mère et de son père, puis se regarder dans un miroir. Et je me questionne : comment ces deux écoles si différentes ont-elles pu s'unir ? Et quelle peut-être la tête de l'enfant ?

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Vous pourriez vous dire que c'est une obsession (et c'en est peut-être une) mais l'origine du Hapgido continue de me poser question. Car y répondre, c'est aussi comprendre les différentes contradictions qui secouent notre Mudo, d'éliminer les incompréhensions entre Gwan et de se rapprocher sur nos points communs. Ce billet s'intéresse aux écoles parentes et, en ce sens, il constitue une sorte de préquel au billet "Le(s) Hapgido". 

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1- Différences entre les deux écoles parentes

A priori, si on regarde des vidéos de Taekgyeon et de Daitô-ryû Aiki Jûjutsu, ces deux écoles sont extrêmements différentes. On peut déjà noter des différences à un niveau superficiel en comparant les techniques les plus usitées par des pratiquants de l'une ou l'autre. La première semble privilégier les frappes et les poussées/balayages ; la seconde les saisies et les contrôles, l’autre. Visuellement et techniquement, ce n’est pas la même chose.

Mais à un niveau profond, il y a des choix radicalement opposés. Pour schématiser, je définirais le Taekgyeon comme un style plutôt aérien quand l’Aiki jûjutsu me semble plus un style terrien. Ainsi, on peut noter les différences générales suivantes :

- Positions hautes vs positions basses

- Mouvements légers (montants, souvent sautés) vs mouvements lourds (ancrés, enracinés)

- Mouvements excentriques vs mouvements concentriques

- Prédominance du bas du corps vs prédominance du haut du corps

Enfin, on peut noter la différence culturelle sous-jacente : culture du jeu vs culture martiale. Ce qui n'est pas la moindre des différences et qui explique le côté parfois un peu schizophrène du Hapgido, tiraillé entre son côté démonstratif et son parti pris du réalisme de combat.

 

2- Points communs entre les deux écoles parentes

Alors, comment a-t-on pu concilier des styles aussi radicalement différents en une seule matrice ? N’aurait-on pas agrégé des éléments aux principes antagonistes qui nuisent à l’unité d’ensemble, faisant du Hapgido un Muye bancal et non achevé, la somme des contraires donnant, mathématiquement, un résultat nul (dans tous les sens du terme) ?

Mais, de même qu’il y a du Yang dans le Eum et du Eum dans le Yang, tout n’ést pas aussi tranché entre les deux écoles, ce qui fait que des passerelles se sont naturellement créées grâce à de nombreux principes communs.

Déjà, il y a peu de différences au niveau de la forme corporelle : postures verticales, largeur entre les deux pieds ne dépassant pas une largeur d’épaule, posture de base naturelle ; pas de principes animaux ; un travail de hanche important ; des exercices de renforcement (Tanren, Danryeon,é��é�¬) communs comme par exemple les Shikô du Sûmô, mettant l’emphase sur la force des jambes et du centre (Tanden, Danjeon).

En outre, nombre de techniques sont communes aux deux écoles : le Daitô possède des frappes des mains et des pieds, bien qu’en nombre plus restreints que le Taekgyeon. Et ce dernier possède dans son arsenal beaucoup de saisies, de projections et de clés très ressemblantes dans la forme à ceux du premier, bien que toujours en nombre plus restreint. Les bases étant assez ressemblantes, c’est dans les développements qu’ont pris l’un et l’autre, leur "spécialisation", que les différences sont plus visibles. C’est donc sur la fusion de cette base commune et sur la somme des spécialisations techniques que le Hapgido a construit son identité corporelle et technique, cohérente et unique.

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3- Identité du Hapgido

Issu de parents ayant donc des points communs et des différences marquées, le Hapgido a-t-il une identité propre ? Oui, définitivement à mon sens, le Hapgido a acquis sa personnalité propre et très distincte de celle de ses deux parents. Ne ressemblant plus tout à fait ni au Taekgyeon, ni au Daitô-ryû, tout en étant l'un et l'autre à la fois. On ne peut confondre l'enfant avec ses parents.

Mais un Muye n'est pas comme un enfant : son ADN n'est pas figé, il est protéiforme en fonction de l'orientation de chacun de ses instructeurs. Ainsi, selon le Dojang de Hapgido qu'on visitera, il hésite constamment entre ressembler plus à sa mère ou à son père. Ce qui fait qu'avec une structure pédagogique pourtant assez définie, on valsera entre tantôt un Hapgido tendance "papa", tantôt un Hapgido tendance "maman" (voir le billet sur "Le(s) Hapgido").

Cependant, quelles que soient les orientations d'un instructeur de Hapgido, les grandes lignes suivantes se dégagent :

- Un Muye orienté combat "de rue" (mains nues + armes, défenses situationnelles, contre plusieurs, 4 directions)

- Un Muye globalement équilibré entre Gwon (frappes pieds-poings) et Yu (projections-clés)

- Un Muye mi-souple, mi-dur

- Un Muye généraliste (du fait de la richesse de sa gamme technique) et paradoxalement spécialisé (chaque gamme technique est explorée en profondeur)

On peut dire que le Hapgido est un Muye marchant sur la Voie du Milieu, tout en flirtant pourtant avec les Extrêmes. Même son Esprit n'est pas clairement coréen (un brin d'autoritarisme militaire), ni japonais (pas tant de formalisme codifié).

Ni Muye, ni Budô, on le range souvent dans les Mudo. Original jusqu'au bout, non ?

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